Un concert à Biasca (Les poèmes de la Lune rouge XXXVIII)
Travail en cours. La numérotation du chapitre est provisoire.
The OJ Company était programmée chez Gambrinus, à Biasca, haut-lieu du rock au nord du Tessin, les derniers vendredi et samedi du mois d'août, près de deux mois après le concert des Ladders sur l'Alpe!
L'organisateur de ces concerts était évidemment Felix, homme au carnet d'adresses considérable! Le weekend précédent, le groupe fit une dernière répétition, au cours de laquelle il se mit d'accord sur la setlist. Les OJ en étaient à leurs premiers concerts, et ils ne devaient pas arriver les mains vides! En outre, il importait qu'ils se distinguassent des Ladders.
N'ayant pour tout répertoire maison que les deux ou trois morceaux achevés au chalet, ils choisirent de les compléter par un nombre substantiel de reprises! Et c'est là que Jacob manifesta l'étendue de ses connaissances musicales et l'éclectisme de ses goûts, raison pour laquelle Oona l'appelait Doctor Jack lorsqu'elle voulait se moquer de lui, et surtout lui faire comprendre que les leçons, ça allait un moment!
Toutefois, même Oona reconnut que les propositions de Jacob étaient bonnes, et les OJ allèrent faire leurs emplettes dans le Chicago blues des années soixante! On choisit bien sûr Born in Chicago de Nick The Greek Gravenites, dans la version du Paul Butterfield Blues Band, et c'est à Oona qu'échut l'honneur de rivaliser avec les solos de l'immense Michael Bloomfield, Jacob étant un second guitariste pas non plus piqué des vers! Cette configuration à deux guitares impliquait que quelqu'un d'autre devait se charger de la basse, et c'est Felix qui s'y colla.
Continuant avec le répertoire du Butterfield Blues Band, on ajouta East-West, énorme "raga rock" de quinze minutes, Last Night, Mystery Train, Work Song, Jacob jouant les parties d'harmonica en alternance avec la guitare.
Le temps passait, or les OJ estimaient être encore un peu courts. Ils attaquèrent donc Killing my Love et Moon Tune, de Gravenites, et peaufinèrent leur liste avec Grooving is Easy, Killing Floor et Sunny (rendu célèbre par Cher), de l'Electric Flag! Ces morceaux plus soul étaient enrichis par une section de cuivres, composée de Felix et de membres d'une fanfare locale.
Au besoin, on comptait sur l'inspiration du moment, qui ne manquerait pas de lancer le groupe dans une petite jam de derrière les fagots!
Enfin, l'ombre se répandant, tout le monde décida que le groupe avait assez répété, et se donna rendez-vous le jeudi pour descendre le matos au Gambrinus.
Dans l'intervalle, Jacob et Oona profitèrent du beau temps pour faire des marches en montagne, agrémentées de pique-niques. Cette région du Tessin offrait une infinité de chemins, tous praticables avec de bonnes chaussures et un esprit d'aventure!
En fin de journée, on allait, après une bonne douche, chez les bergers de l'Alpe avec la vieille Jeep Willys, normalement interdite de circulation pour des raisons climatiques, chose dont le couple n'avait certes cure, ou, plus simplement parlant, rien à cirer! Le véhicule circulait en effet sans plaques, les contrôles sur ces chemins de montagne étant inexistants! On éviait juste de descendre dans la vallée!
Sur l'Alpe, on partageait avec les bergers le pain, le fromage et la charcuterie, en refaisant le monde et en maudissant les mesures prises contre la maladie, qui avaient fait plus de mal que de bien. On était évidemment vent debout contre le produit! Jacob et Oona aimaient beaucoup la compagnie de ces bergers, qui s'exprimaient en dialecte tessinois, langue que Jacob maîtrisait, mais pas Oona, qui se faisait comprendre néanmoins!
Le mercredi, les vacanciers de fortune offrirent aux bergers des billets gratuits pour les concerts de Biasca, avant de rejoindre cahin-caha le chalet, ayant abondamment arrosé et fêté cette belle amitié, plus solide que bien des relations mondaines et intéressées! Et là, aussi bien Jacob qu'Oona avaient en ligne de mire quelques expériences désagréables faites dans le contexte de la popularité croissante des Ladders.
Mais qu'importe, les concerts du Gambrinus furent un succès total, qui laissa sans voix les membres de la OJ Company! Après les dernières notes d'un White Room proposé par Izio et Togn comme dernier encore, le groupe se retrouva au bar, se réjouissant de la tournée à venir!
Jacob et Oona parlèrent pour la première fois de l'avenir des Ladders, qui ne devaient pas se revoir en principe avant janvier. Et de leur contribution à cet avenir, car ils admettaient tous les deux qu'ils se sentaient très bien au sein des OJ, socialement plus proches de leur conception de la vie! Mieux qu'au sein de leur groupe principal, hélas.
D'un autre côté, ils reconnaissaient qu'ils devaient intégralement leur notoriété aux Ladders et à l'entregent de Madame de Rênal et de Mathilde. Ils convinrent de reprendre la question après la tournée des OJ. Fatigués, ils s'endormirent pour leur dernière nuit au chalet en deux temps, trois mouvements, heureux! Le lendemain, ils rentreraient à Genève. Haut les cœurs!
Jacques Davier (Février 2026)