Les Ladders sur l'alpe (Les poèmes de la Lune rouge, XXXVI)
Travail en cours. La numérotation du chapitre est provisoire.
Lorsqu'Oona et Jacob furent accueillis par Felix, l'organisateur du Corona Nord Rock Festival, en gare de Biasca, sympathique bourg du nord du Tessin, par une splendide après-midi de juillet, ils comprirent aussitôt que tout se passerait à merveille!
Felix, en leur serrant chaleureusement la main sur le quai, à quelques dizaine de mètres de la chute d'eau qui domine la gare, leur expliqua qu'il était un fan de rock depuis avant la poussée de ses dents, et que c'était un très grand plaisir autant qu'un honneur de pouvoir présenter au public de son festival les immenses Ladders!
Oona et Jacob, heureux, le remercièrent chaleureusement et l'assurèrent que le plaisir était partagé! Pouvoir se produire sur un alpage des montagnes tessinoises, en plein air sous les étoiles, quelle aubaine! Et quelle joie!
En effet, ils jouaient en fin de soirée le samedi, et la météo donnait la semaine du festival gagnante, avec cent pour cent des journées au beau fixe! Tout au plus un petit orage par-ci, par-là!
Felix se plaça entre les deux et les emmena, ses bras entourant leur taille, vers le minivan du festival. Destination hôtel, à Campo Blenio, à quelques kilomètres de l'alpage où avait été installée la seule scène du festival, car Felix ne croyait pas en la dispersion et en la multiplication de l'offre.
Une scène, un artiste, cela triait les spectateurs, car seuls les fans et les curieux se pointaient, ce qui assurait un public attentif et enthousiaste! Et Dieu sait si le Ladders en avaient, des fans! Leur premier album, et seul à ce jour, se vendait comme les bières du bar! Et, de plus, on savait que le groupe rôdait lors de cette tournée les morceaux du deuxième opus, ce qui draînait les foules!
A peine arrivés sur le site, Jacob et Oona rejoignirent Julien, Mathilde et Fouqué dans la grange qui servait de salle de répétition, et branchèrent leurs instruments, une guitare pour Jacob et une basse pour Oona! Les affaires reprenaient, après quelques mois de vacances, oh combien! Le groupe avait la frite, comme on dit, et avait aussitôt retrouvé ses marques!
On peaufina le répertoire usuel, se permettant de varier les arrangements ici ou là, puis on attaqua les nouvelles compositions, à l'écriture et à la composition desquelles les cinq membres du groupe avaient contribué. Parmi celles-ci, Corona Requiem, Poor American Girl et Your Dead Country tenaient le haut du pavé, sans oublier quelques ébauches de morceaux non encore pourvus de paroles, dénommés Ticino 1, 2 et 3! On enroba le tout avec une pincée de reprises, comme un C'est la vie chanté par une Mathilde se démenant avec fougue sur son piano!
Si les Ladders étaient les stars, programmés en clôture du Corona, d'autres artistes tout aussi intéressants les précédaient au cours de la semaine. Nous citerons les groupes de progrock anglais Camel et Van der Graaf Generator, deux pointures eux-aussi!
Les répétitions étaient ouvertes au staff et aux amis, c'était une pratique courante à laquelle Felix tenait. Il suffisait d'avoir son backstage pass. Après une bonne heure de musique, les cinq compères remarquèrent, assis sur un côté de la grange, Peter Bardens, Andrew Latimer et Richard Sinclair, du groupe Camel. On se salua, le groupe anglais étant une des grandes influences des Ladders. A la fin de la répétition, tout ce petit monde fit connaissance et se rendit au bar, où on but quelques bières avant d'aller assister au concert du jour, donné par les Osage Tribe, le premier groupe rock de Franco Battiato, reformé pour l'occasion!
Le lendemain, personne ne remarqua les Ladders, accompagnés par Felix, Bardens, Latimer et Sinclair entrer discrètement dans la grange. L'objectif était de répéter deux ou trois morceaux pour les "encore" du concert, afin d'offrir une surprise de taille à leurs fans!
Et, en effet, l'idée de Felix s'avéra lumineuse! Lorsque le groupe retourna sur scène et que les lumières se rallumèrent, ils furent accueillis par les applaudissements et les vivats nourris du public! Aussitôt les Ladders et leurs comparses attaquèrent Hey Bulldog des Beatles, suivi sans transition d'une version très rock du You and me without them des Ladders, écrit par Oona sur le thème de la jalousie, puis, après que celle-ci eut délaissé son orgue Hammond et empoigné une guitare électrique, l'ensemble se lança dans un époustouflant Unevensong qui fit tressaillir et vibrer le public! Soutenues par la basse inventive et puissante de Richard, les guitares d'Andrew, Julien et Oona, qui portait une perruque blonde pour l'occasion, firent merveille notamment lors du finale, qui dura bien quatre minutes de pur bonheur, lors desquelles les trois solistes brodèrent sur le thème, successivement à l'unisson puis en canon!
Le public, ravi, s'était levé et, tout à sa joie, dansait et applaudissait!
Sur le chemin du retour vers l'hôtel, Oona prit la main de Jacob, l'attira vers elle et l'embrassa avec passion!
La pleine lune brillait dans la nuit.
Jacques Davier (Janvier 2026)