Tigrequeen (Les Poèmes de la lune rouge, LIII)
Lorsque Jacob entra dans l'aula du Collège Voltaire, tout le matos était déjà en place, notamment les deux imposants amplis disposés aux deux extrémités de la scène. La batterie trônait au milieu de celle-ci, entourée par les claviers, les guitares posées sur leurs présentoirs et les cables qui reliaient la scène au local technique où se trouvait la console. Bref, il put constater que tout était prêt pour l'enregistrement !
Oona passa son bras autour de son cou et l'inonda de bisous, sur la joue, sur la bouche !
Tigrequeen était la dernière aventure musicale du couple, qui faisait suite à la débandade de The OJ Company. Tigre était le nouveau nom de scène de Jacob, et Queen était celui de Oona ! Tigrequeen devenant naturellement le nom du groupe. Jacob, à la guitare et Oona, à la basse, combinaison désormais classique, s'étaient entourés de musiciens valaisans et anglais, rencontrés à Brigue durant la tournée des OJ ! Il s'agissait de Shampoo aux claviers, Dancefloor à la batterie et de l'ex-Stones Ron Wood à la deuxième guitare. Ces musiciens, qui tournaient avec quelques comparses dans la région alpine sous le nom de Alchimy, avaient remplacé au pied levé le "gang des Tessinois", qui avait quitté la OJ Company en pleine tournée, sans préavis, suivant Julien, quelle idée, pour... remplacer Jacob et Oona au sein des Ladders! Etrange farandole !
Bref, le duo, augmenté de ses nouveaux membres, avait terminé la tournée des OJ sous le nom de Tigrequeen ! Pour la plus grande confusion des spectateurs et fans venus en masse à ces concerts sold out, qui retombaient néanmoins sur leurs pattes après le premier morceau, généralement Jumping jack Flash !
Puisque les Ladders étaient out pour Oona et Jacob, ils décidèrent à Noël, en vacances à Zermatt, de se consacrer entièrement à Tigrequeen ! Leur nouveau manager, un pote irlandais d'Oona du nom d'Angus, qui jouait au moins de vingt instruments et se joignait parfois au groupe sur scène, leur dégotta deux soirées dans la boîte in de Zermatt, le Vernissage, les trente et trente et un décembre ! Soirées sold out, bien sûr, le lien entre la défunte OJ Company et Tigrequeen étant maintenant clair pour le public.
La setlist comprenait tous les morceaux prévus pour le disque mort-né des OJ et, éventuellement, pour les Ladders, déjà rôdés en tournée, plus un bon brelan d'as de chansons des Stones, comme Jumping, Honky Tonk Women, Gimme Shelter avec une Oona n'ayant rien à envier à Merry Clayton, Everything's turning to Gold, Time waits for No One, Stray Cats Blues, Live with me, les rappels étant Fortune Teller et Money. Pour le concert du trente et un, le groupe fut rejoint sur scène pour une bonne partie des chansons des Stones par les Glimmer Twins, soit Jagger et Richards themselves, également en vacances à Zermatt !
Vers trois heures du matin, alors que le concert était arrivé à son terme pour laisser la place au dancefloor, le groupe se lança dans un Wild Horses pas piqué des hannetons, joué à la Flying Burrito Brothers, Jacob jugeant cette version meilleure que celle des Stones, et chanté par un Mick très en voix ! Le mot de la fin, cependant, fut dit par Stephan Eicher, un habitué du Vernissage, qui avait fait les choeurs et joué du tambourin pendant une bonne partie de la soirée et qui emmena notre petit monde dans un Déjeuner en Paix de circonstance !
Ce concert de l'An fut une soirée mémorable, qui se prolongea jusqu'au petit matin, et qui figure en bonne place dans les annales de la station !
Quand, vers six heures du matin, la petite troupe quitta le Vernissage et se dispersa dans la neige qui tombait dru, il fut question d'une participation de Mick Jagger et de Keith Richards au prochain disque de Tigrequeen. Vaine promesse de fin de soirée ou engagement ferme ? Seul l'avenir le dirait.
Alors que les membres du groupe entraient l'un après l'autre dans l'aula du Collège, Jacob et Oona se tenaient par la main et leur souriaient !
Jacques Davier (Septembre 2026)