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keith richards

  • Tigrequeen entre au collège ! (Les Poèmes de la Lune rouge, LIV)

    Bien que le groupe eut terminé sous son nom la tournée des OJ, les deux concerts de Zermatt furent le véritable baptême du feu pour Tigrequeen ! Et baptisés, ils le furent, ô combien !

    Grâce à ce triomphe vernissagien, le groupe se vit proposer un contrat royal par la prestigieuse maison de disques Island ! Les termes du contrat étant d'une simplicité enfantine. Le groupe décidait de tout, Island payait !

    C'est ainsi que Tigrequeen loua l'aula du Collège Voltaire pour enregistrer son premier opus. Pas de single pour sonder le public, on avait directement passé la deuxième !

    D'après les négociations menées entre la direction du Collège et Jacob, la salle leur était louée pendant trois mois, mars, avril et mai, vacances de Pâques et weekends compris, de dix heures du matin à dix heures du soir, étant entendu que les activités de Voltaire avaient la priorité. Pendant la présence du groupe, Jacob était seul responsable.

    Le premier mars, les roadies installèrent le matos, et la liaison fut faite avec le studio mobile d'Island, soit un immense semi-remorque parqué dans la cour du Collège. Les techniciens du studio étaient des vieux de la vieille, souvent affublés de dreadlocks, qui avaient travaillé avec Bob Marley, Peter Tosh, Traffic, Steve Winwood, Yusuf Islam (Cat Stevens), Marianne Faithfull et bien d'autres ! Lorqu'ils quittaient leur antre pour aller boire un café à la cafeteria de Voltaire (Jacob avait interdit alcool et autres substances pendant les sessions), ils en jetaient, ce qui impressionnait fortement collégiennes et collégiens !

    Bref, une fois que le studio fut prêt, on put y aller ! Le premier morceau tenté fut Pretty Girl in my Heart, un original signé Jacob. On mit deux jours à le peaufiner, et lorsque le producteur Andy Johns déclara que la dixième prise était la bonne, on sortit le champagne !

    Le deuxième morceau, Pretty Boy why ? était dû à la plume d'Oona ! Sorte de réponse au premier, il profita d'une cohésion et d'un entrain incroyables de Tigrequeen, et fut mis en boîte en trois prises et un jour ! Ces deux chansons étaient totalement nouvelles et n'avaient jamais été rôdées en concert.

    Pendant les enregistrements, l'aula était strictement interdite aux élèves, sauf à de petits groupes accompagnés de leur professeur, dans le cadre d'un cours de musique. Cette règle stricte fut toutefois assouplie avec le temps, et, sous la surveillance des roadies, on laissa entrer des collégiens, en nombre limité, pendant les récrés et les heures libres, à la condition qu'ils ne chahutassent point, insitait Jacob !

    Début mai, le disque était quasiment terminé. Il ne manquait qu'un morceau, et puisqu'on avait déjà quatre reprises des Stones, sur la proposition de Ron Wood, on opta pour Seven Days, de Bob Dylan, chanson qu'il affectionnait et qu'il avait déjà chantée !

    Précisons que Mick Jagger et Keith Richards avaient tenu leur promesse du Vernissage, et s'étaient pointés non annoncés un bel après-midi de mai, allant se perdre dans les étages et mettant tout le collège en émoi ! Une prof fan des Stones les avait finalement guidés vers l'aula !

    Les Glimmer Twins posèrent leurs voix en tant que choristes sur Time Waits For No One et Jumping Jack Flash, et Keith overdubba les parties de guitare solo sur Gimme Shelter.

    Profitant de la présence du duo stonien, Oona proposa qu'on enregistre une version reggae de Jumping Jack Flash, l'arrangement étant de son cru. Jagger, toujours ouvert aux nouveautés, accepta avec enthousiasme et en voiture Simone ! Pile poil à dix heures du soir, le morceau était mixé et paré pour sa publication en face B du premier single tiré du disque, le Pretty Boy Why ? d'Oona ! Pour la petite histoire, ce titre était aussi un clin d'œil au Pretty Girl Why de Stephen Stills, paru sur Last Time around de Buffalo Springfield !

    Pour remercier le Collège et tout son petit monde de l'accueil exquis (mot d'Oona) qu'il leur fit, Tigrequeen offrit un concert gratuit dans l'aula le samedi 30 mai ; un groupe rock formé de collégiens fut convié à faire la première partie, pour son plus grand plaisir, ses membres se joignant même à Tigrequeen pour les rappels et la monstrueuse jam finale, Le Rouleau Compresseur, qui clôt également l'album !

    Si le single fut publié déjà le 21 juin, pour être raccord avec le solstice d'été, il fallut attendre le 21 septembre, soit l'équinoxe d'automne, pour que l'album apparaisse dans les bacs ! Le disque, sobrement intitulé Tigrequeen, se présentait sous une pochette blanche agrémentée d'une photo du groupe prise sur les escaliers de l'entrée principale du Collège Voltaire ! Sous la photo figurait la mention, due à l'insistance de Dancefloor, "Une collégienne et quatre collégiens", qui prêtait évidemment à sourire, surtout dans le cas de Wood !

    Supplantant le titre officiel, le disque fut peu à peu connu comme "Collégienne et collégiens" ! Les ventes du single et du disque, respectivement numéros un et cinq des charts, avaient décollé rapidement. La critique encensait l'opus, même si certains n'approuvaient pas la présence d'autant de reprises des Stones. Comme Robert Christgau qui, fidèle à son habitude, écrivit lapidairement "There's some gems in this one, but why so many Stones ?"

     

    Jacques Davier (Septembre 2026)